Dans le cadre d’une série d’articles que nous publierons chaque semaine sur le développement en Afrique, M. Abdollah ELKOURAICHI, Doctorant en Gouvernance de l’Afrique, partage avec nous ses vision par rapport au développement en Afrique, mettant le point sur des questions importantes par rapport au developpement du continent. 

 

La fin des années 1960 marque une rupture qui se traduit potentiellement par une nouvelle vision du concept et des pratiques de développement. La prise de conscience des imperfections des modèles de développement axés sur l’économisme, le productivisme et le technicisme au détriment des véritables besoins humains et sociaux et des aspirations des populations a imposé une reconceptualisation des approches développementalistes et subséquemment, une redéfinition du concept de développement.

Depuis 1950, plus de 300 plans pluriannuels ont été élaborés dans les pays du tiers Monde. En 1983, environs 80 cas examinés par la banque mondiale, 4 pays sur 5 étaient dotés d’un plan de développement.  En  Afrique par exemple, tous les Etats disposaient d’une structure de planification ( ministère, commissariat, direction générale) au début de 1984 et 45  parmi eux avaient un plan à moyen terme ( quinquennal pour majorité, quadriennal, triennal ou ‘’ intérimaire “ pour les autres).

Au début des années 60, tous les responsables de l’élaboration des politiques, indépendamment de leur méthode idéologique de planification, ont fait de la croissance leur objectif de développement essentiel. Le développement était conçu comme équivalant au rattrapage du retard sur les pays occidentaux. Le paradigme dominant était que l’on pouvait obtenir une croissance du PIB grâce à un accroissement de l’investissement et de l’épargne. Cette conception du développement trouvait son origine dans ce que l’on appelle « le modèle de Harrod Domar », selon lequel le taux de la croissance économique était déterminé par le taux d’investissement. Le niveau de développement technologique était censé être constant et n’être soumis à aucun changement, du moins sur le court terme. La conséquence pour les planificateurs du développement était manifeste : l’accroissement de l’épargne et de l’investissement constituaient la clef de la croissance. La priorité a ainsi été accordée à la mobilisation de l’épargne et de l’investissement intérieurs. L’insuffisance de l’épargne nationale était suppléée par l’épargne extérieure ou par l’aide publique au développement.

La planification de  développement en Afrique à cette époque fut  caractérisée par une certaine centralité. Celle-ci se basait essentiellement sur une économie pilotée par l’État, et des ressources principalement allouées par les pouvoirs publics. D’ailleurs, la grande majorité des entreprises  présentes dans la plupart des secteurs productifs au cours de cette période, étaient des entreprises d’État. 

Sur le plan théorique, ces plans de développement semblaient être très pertinents, qui pouvaient d’une manière ou d’une autre accélérer les économies de ces pays. Toutefois, la stratégie de ces modèles est resté dans une vision stato-centré au niveau national et n’a pas pris en considération le développement local comme priorité. 

Après l’échec de cette  expérience de planification centralisée suite aux indépendances nationales des pays africains, les instituions financière internationales ( notamment celles de Bretton woods)  ont octroyé des crédits pour ces pays en difficultés et en contre partie, elles ont imposé des politiques d’ajustement structurelles en vue de libéraliser les marchés, privatiser les secteurs sociaux afin de minimiser les dépenses publiques.  Ces politiques sont caractérisées  par une  vision néolibérale de l’économie qui défend une idée selon laquelle, le non-interventionnisme de l’Etat dans l’économie est une condition sine qua non du développement.

la plupart des pays africains sont à présent en train d’opter pour une méthode de planification fondée sur l’économie mixte. Quelle que soit la méthode adoptée par eux, les pays africains n’ont pas encore réussi à traduire dans les faits leur vision de la transformation économique. Étant donné que les plans de développement ont été rédigés avec l’assistance technique, généralement du FMI et de la Banque mondiale, les plans se sont naturellement caractérisés par l’affirmation générale de la vision néolibérale du fonctionnement d’une économie. La sagesse économique répandue à propos du développement économique était alors que le développement économique durable n’est possible que lorsqu’un pays suit des politiques économiques de libre marché – où l’État joue un rôle minimal dans le développement économique et laisse le reste au secteur privé.

La prémisse derrière cette proposition était que les gouvernements manquent intrinsèquement des informations et du savoir-faire nécessaires pour prendre des décisions économiques éclairées. Il a également été soutenu que les décisions qui sont bonnes pour les entreprises sont nécessairement bonnes pour l’économie et donc pour le public. 

Il suffit de dire ici que les programmes d’ajustement structurel n’ont pas fonctionné non plus. En conséquence, de nombreux pays africains sont devenus très endettés. Dans les années 80 et 90, la croissance économique moyenne en Afrique subsaharienne était en moyenne de 2%. Couplé à l’échec de générer la croissance économique souhaitée, le coût social était également sévère. Les contraintes budgétaires qui en résultent ont compromis la prestation de services sociaux et le développement du capital humain avec des conséquences dévastatrices.

Au début des années 2000, les programmes d’ajustement structurel ont été remplacés par des stratégies de réduction de la pauvreté, qui visaient à atténuer les effets négatifs de dix ans d’ajustement structurel sur le niveau de vie et les conditions sociales. Les documents de stratégies pour la réduction de la pauvreté (DSRP) accordaient une place prépondérante à la réduction de la pauvreté, posée comme condition pour l’allégement de la dette. De nombreux pays africains ont lancé au moins deux générations de DSRP, principalement pour répondre aux critères d’éligibilité relatifs à l’allégement de la dette.

Alors que l’histoire de la planification du développement en Afrique a donné des résultats mitigés, une leçon importante s’est dégagée: les institutions efficaces et solides sont importantes dans le processus de développement. Malheureusement, dans beaucoup de nos pays, nous avons encore un certain nombre d’institutions faibles qui ne servent que de petits segments de la société ou des institutions utilisées pour l’enrichissement de quelques-uns. Il est donc important pour nous de reconnaître que nous serons mieux servis dans notre processus de planification du développement lorsque nous adopterons des institutions inclusives; institutions qui sont là pour servir les intérêts de la société.

En d’autres termes, si vous voulez prédire si un pays réussira ou non à créer la prospérité pour son peuple, il suffit de regarder ses institutions. Le pays dispose-t-il d’institutions juridiques solides? Les institutions administratives sont-elles orientées vers une prestation de services efficace? Le pays dispose-t-il d’institutions qui fournissent les informations et les données nécessaires à une planification efficace? Sinon, il sera plutôt difficile pour un tel pays de réussir.

 

Abdollah ELKOURAICHI, Doctorant en Gouvernance de l'Afrique.

  • DÉFINIR LE DÉVELOPPEMENT: HISTORIQUE ET DIMENSIONS D’UN CONCEPT PLURIVOQUE, Jean Ronald Legouté , Économie Politique Internationale, Cahier de recherche Vol. 1, no 1, Février 2001.
  • D’après Ramgopal Agarwala, Planning in Developing Countries, lessons of experiences, World Bank, Staff Working Papers, n° 576, 1983 (Management and Developpement Series, n° 3).

  •  Pierre Jacquemot, Crise et renouveau de la planification du développement [article], Revue Tiers Monde  Année 1984 / 98 / pp. 245
  • La Planification au Service du Développement de l’Afrique; Enseignements, indications et messages à tirer des expériences passées et présentes, Nations Unies, Par la Commission économique pour l’Afrique, septembre, 2016.

  • La Planification au Service du Développement de l’Afrique; Enseignements, indications et messages à tirer des expériences passées et présentes, Nations Unies, Par la Commission économique pour l’Afrique, septembre, 2016.

  • Carlos Lopes, Cinquante ans de planification du développement en Afrique, 14 MARS 2013 / Blog de l’ancien Secrétaire exécutif de l’Organisation des Nations Unies et Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique.

      Lien: https://www.uneca.org/fr/es-blog/cinquante-ans-de-planification-du-d%C3%A9veloppement-en-afrique .